L' écosystème familial

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Il y a quelque mois, ma grande fille m’a demandé : « Maman, sais-tu pourquoi tout le monde dit que chez nous on s’y sent bien, qu’il y a une atmosphère spéciale, sereine ? »
J’ai savouré sa question, je vous l’avoue, et je lui ai répondu que je ne pouvais pas savoir exactement ce que ressentent les gens en pénétrant chez nous, mais que oui, j’accorde beaucoup d’attention à l’environnement dans lequel nous vivons. C’est même essentiel pour moi.

« Tu sais, je suis très sensible à l’ambiance dans laquelle je vis. J’aime en prendre soin. Je pense que tout le monde a besoin d’un bel environnement dans lequel évoluer et grandir, même si on n’en a pas forcément conscience. Et puis c’est important pour moi que vous grandissiez entourées de beauté. J’y mets tout mon coeur et cela doit forcément se sentir.”

(Cela peut paraître un peu superflu au premier abord, mais en réalité la beauté n’est que la strate supérieure de notre ambiance familiale. Mais quand on creuse un peu, elle englobe plein d’autres choses).

« Oui, maman, j’en suis sûre! Tu es la meilleure des mamans » m’a-t-elle répondu.

Quel enfant n’a pas dit cela à sa maman un jour ? Moi aussi, je pense encore avoir eu la meilleure des mamans ! Je ne plaisante pas. Je sais bien qu’elle a des défauts, car les parents parfaits n’existent pas, mais elle a su créer pour ses enfants un petit écosystème merveilleux pour leur développement.
Je ne suis pas du tout la meilleure des mamans non plus, je le sais bien. Et je n’ai pas la force de ma mère pour faire des choix aussi radicaux et pour les assumer jusqu’au bout.
J’ai eu la chance de grandir dans une famille où chacun pouvait toujours s’exprimer librement, où chacun était libre de devenir qui il voulait, de suivre son propre chemin et rester authentique.
Si j’ai quelque fois été déconnectée de ma voix intérieure, cela n’a pas duré, et tel un phare qui montre le chemin du port aux bateau, ma lumière intérieure était là pour me guider.

Qu’est-ce que mes parents ont fait de spécial pour que je grandisse ainsi, en toute intégrité, sans me déconnecter de mes envies, de mes passions et des mes idées ? Qu’ont-il fait pour que j’ai en moi une force intérieure qui me soutient en cas de doute et m’aide à m’orienter dans la vie ?

Et bien ils m’ont laissée tranquille ! Ils n’ont pas cherché à me transformer, à me modeler, à me diriger. Ils ont poursuivit leurs rêves de vivre en autonomie et m’ont laissée tranquille, grandir à mon aise.
J’étais un peu sauvage au début, je vous l’ai dit, mais il n’ont pas essayé de me changer en quelqu’un d’autre. Ils ont respecté mon intégrité, et surtout ils ont aimé ma véritable nature. En revanche ils ont mis toute leur belle et positive énergie à créer pour leurs enfants l’environnement adapté pour s’épanouir et grandir en toute liberté. Ils ont bâtit leur petit écosystème familial pour que leurs enfants puissent fleurir et développer leur potentiel. Je ne sais pas s’ils ont fait cela de manière complètement intentionnelle, ou si ça a simplement été le joli résultat de leur choix de vie. Un mélange des deux certainement.

Mais que nous en ayons conscience ou non, la manière dont nous concevons notre foyer, ce qui fait ses valeurs et ses idées fortes, ce que nous transmettons à nos enfants sans le dire, tout cela crée une ambiance dans laquelle la famille baigne et évolue ensemble. Souvent nous n’y pensons pas et nous suivons notre train train quotidien, les choses se mettant en place d’elles-mêmes. Ce n’est pas forcément négatif, car ce qui se met en place ainsi reflète souvent nos valeurs.

Il y a cependant le risque que cela nous échappe et que des choses qui ne nous plaisent pas deviennent des habitudes.
Alors puisque de toute manière il est inévitable d’influencer nos enfants avec l’univers que nous construisons autour d’eux, autant que cela soit intentionnel. Autant y mettre notre belle énergie, notre amour pour eux et nos grandes idées.

L’atmosphère de notre foyer, c’est notre culture familiale. Elle contient tout ce qui compte pour nous, ce que nous voulons transmettre à nos enfants, elle est ce qui tient la famille ensemble, ce qui la rassemble. Finalement, cette culture familiale compte bien plus que tout autre facteur dans la vie nos enfants.
Même si les messages d’amour et de soutien et les idées qui la composent sont silencieux, ils sont finalement ceux qui ont le plus d’impact.
Nous pouvons laisser tomber tout le reste; les bonnes notes, les grandes écoles, la musique à 6 ans, les vêtements de marque, l’obéissance… La réussite et l’épanouissement de nos enfants sera avant tout la conséquence d’un environnement familial soutenant, aimant et offrant la liberté d’être soi-même.

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Alors comment faire ? De quoi est faite cette culture familiale ?
La réponse ne va pas vous plaire : Il n’y a pas une seule et unique solution. Il y en a autant que de familles. Chaque famille étant un petit écosystème personnel.

Quand on parle d’environnement, ce n’est pas tant l’aspect esthétique de la maison qui compte – même si c’est important également – mais la philosophie qui définit la famille.
Ce qui compte chez nous est que nos enfants se sentent aimés et acceptés quoi qu’ils fassent, que leurs particularités soient célébrées, que notre famille ait ses traditions (ou continue de faire vivre des traditions nous venant de notre enfance), et que notre famille soit un lieu sûr pour nos enfants, une base où il pourront toujours revenir.
À cela on ajoute le carburant, les idées qui nourrissent les esprits et la créativité. Chez nous cela se traduit par une grande dose de belle littérature parsemée dans la maison et dans la journée; par une observation attentive de la nature; par un intérêt pour l’art et la musique; et par un environnement qui encourage les apprentissages. Le carburant de notre famille c’est une collection d’idées, d’expériences, d’histoires qui régalent le coeur et l’esprit de nos enfants. Il y a également un fond de simplicité, avec une valorisation du temps qu’il faut pour faire les choses (on coud, on tricote, on bricole… lentement). Et ce qui englobe tout cela c’est notre volonté de parents de préserver le temps de l’enfance et de respecter nos filles dans leurs capacité à être actrices de leurs propres apprentissages et de leur propre vie.

Je ne sais pas si c’est plus clair maintenant !…. mais continuons ;-)
J’ai dit plus haut que l’esthétique n’est pas ce qui compte le plus et cet aspect varie aussi selon les familles. Pour ma part, j’y suis très sensible, de même que mon mari. Nous avons besoin tous les deux de vivre dans un environnement ordonné et correspondant à nos critères esthétiques. Nous sommes tous les deux graphistes, sensibles à l’image et au design. Cela signifie que j’ai besoin que mon environnement émette des ondes positives, avec de la lumière naturelle, des matériaux naturels et beaux, peu d’objets mais choisis avec soin, qui reflètent notre philosophie. J’ai besoin que partout où se porte mon regard, j’aime ce que je vois. C’est évidement très personnel et chacun y met ce dont il a besoin pour être bien. Tout ne monde n’est pas aussi sensible à l’esthétique et aux ondes que transmettent un lieu.

Et en plus de l’ambiance de notre maison, nous sommes également sensibles à notre localisation géographique et la communauté qui nous entoure. C’est important pour nous car en tant que homeschoolers nous passons beaucoup de temps dehors dans notre quartier et les liens que nous pouvons y créer sont fondamentaux, à la fois pour nous en tant qu’être humains et pour les apprentissages. Je parle de cela dans cet article, que je vous invite à lire (ou relire).

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Voilà, ce joli écosystème que nous créons pour notre famille peut être tout à fait intentionnel, si nous y accordons de l’attention ou il peut être le résultat d’un « heureux » hasard. Mais quoi qu’il en soit, cette ambiance existe et qu’on le veuille ou non, elle influence nos enfants bien plus qu’on ne pourrait l’imaginer. C’est donc à nous de choisir et d’y accorder l’importance, l’intentionnalité et l’énergie que nous jugeons nécessaire.
Alors prenons soin de bien choisir les graines que nous plantons dans le jardin de nos enfants, leur jardin de l’enfance.

“I picture my children souls as gardens and realize that greatness of character must be planted,
cultivated, fertilized, watered and protected
.”
– Sally Clarkson 

La psychanalyste Sophie Marinopoulos dans un rapport sur les enfants et les écrans, remis le 4 juin au ministre de la Culture invente un nouveau terme : “la malnutrition culturelle”. Dans cette société où tout s’accélère, elle pointe les dangers du manque d’attention et d’accompagnement des parents.
“La santé culturelle, c’est la santé de nos relations, de nos liens. Et donc la malnutrition culturelle est tout ce qui vient empêcher la relation. Aujourd’hui, à la vitesse à laquelle on vit, la temporalité de nos relations et de ce que nous partageons ne fait pas du tout bon ménage avec la temporalité de l’enfance”.
À méditer… dans cette société où l’on cherche à aller toujours plus vite, faisant de nos petits de 10 ans des ados avant l’heure. Laissons-leur le temps de l’enfance, et le temps d’être encore des enfants. L’humanité en a besoin.