L'éducation cosmique

Je vous ai parlé, dans mon précédent billet, du sentiment d’appartenance à notre lieu de vie, que l’on peut nourrir de différentes façons et qui contribue à notre bien-être.
En dézoomant à l’échelle de l’Univers, nous pouvons également ressentir un sentiment d’appartenance, bien plus vaste celui-ci, bien plus abstrait aussi, mais non moins important : celui de faire partie du Cosmos — avec la compréhension de la place que nous y occupons.
Cela rejoint la question métaphysique essentielle que tous les êtres humains se posent : Qui suis-je ?
Question qui comprend aussi les suivantes : D’où je viens et pourquoi je suis là ?

Maria Montessori souhaitait apporter un début de réponse aux enfants, en tout cas des bases sur lesquelles s’appuyer dans cette quête ; car sans un minimum de pistes de réflexions, la vie des humains peut paraître vide de sens. De plus Maria Montessori préssentait que si les enfants abordaient ces notions avant l’étape délicate de l’adolescence, ils n’auraient pas à se démener plus tard avec ces questions existentielles.
Ils seront plus à l’aise avec ces idées et seront capables d’utiliser ce qu’ils ont appris et compris comme fondation, comme aide, pour prendre des décisions dans leur vie. Ils auront comme un système de guidage interne ; système qui semble manquer à beaucoup d’adultes dans notre société en quête de sens.
Ils auront peut-être déjà pu découvrir qui ils sont et quel est leur but dans la vie, ils seront équipés d’une boussole morale les aidant à vivre avec sens et éthique.

Cea fait partie du but de l’Éducation cosmique, une vision pédagogique imaginée par Maria Montessori pour guider l’enfant dans ce questionnement initial (qui suis-je ?) et pour l’amener à considérer sa propre place dans l’harmonie de l’Univers. Il doit prendre conscience que rien n’arrive par hasard, que du plus infime au plus grand, tous les éléments obéissent à des lois que l’on peut comprendre. Que tout, dans notre cosmos si organisé, participe à l’équilibre délicat d'un ensemble.

Maria Montessori parle de tâche cosmique ; tous les éléments ayant un rôle vital à jouer, chacun agissant à son niveau, chacun participant à l’ensemble.
Elle appelle ces éléments des agents cosmiques. En obéissant à leurs lois, ils contribuent au bien collectif. Ils n’en ont pas conscience, mais chacun à leur niveau, ces agents cosmiques, travaillent pour cette immense harmonie ou tout est lié. Ils sont tous au service les uns des autres. Cette idée d’interdépendance est très importance au sein de l’éducation cosmique. Elle est souvent racontée aux enfants au travers des récits qui forment le coeur de ce curriculum.

À l’échelle humaine, on retrouve également cette notion d’interdépendance. Nous sommes tous responsables les uns des autres; de même que nous sommes tous dépendants des autres humains qui travaillent pour que nous puissions simplement nous vêtir, manger du pain ou allumer une lampe. Nous avons de cet fait une dette morale envers tous les hommes du passé, qui ont oeuvré pour rendre tout cela possible. Les premiers à avoir pensé à cultiver du blé, ceux qui ont inventé le moyen de broyer le grain pour en faire de la farine, les inventeurs de l’électricité et de tous les moyens de l’utiliser… Nous ne vivrions pas de la même manière sans ces hommes qui ont fait usage de leur intelligence avant nous.
 

 
 


Et nous ? qu’allons-nous laisser après nous ? Quelle est notre tâche cosmique ?
Mais qu’est-ce qu’une tâche cosmique d’ailleurs ?

Maria Montessori, dans ces récits, parle du travail de l’air, de l’eau, du soleil, des plantes…
Ces agents cosmiques, qu’ils soient minuscules comme les bactéries ou immenses comme les montagnes travaillent de façon inconsciente, et aucun ne peut le faire sans l’oeuvre des autres.

Voici un exemple, que Maria Montessori donne dans son livre Éduquer le potentiel humain, à propos de l’eau et des coraux : Les océans, au moment où la vie se développait en leur sein, étaient en même temps le réceptacle d’une quantité de minéraux dissouts par les eaux de pluie et déversés dans les océans. Alors que le carbonate de calcium et d’autres minéraux menaçaient d’empoisonner les formes de vie naissantes – avant qu’elles n’aient eu la chance de s’établir durablement – les trilobites, puis les céphalopode et les crinoïdes, puis finalement tous les coraux, prirent sur eux la tâche de capturer certains minéraux pour les transformer en matière, l’utilisant pour eux-mêmes et sauvant par la même occasion les océans d’une pollution qui aurait pu être fatale.
Tout comme l’eau a la tâche cosmique de dissoudre les minéraux et de les transporter jusqu’aux océans, les coraux ont le travail de les transformer en de merveilleux récifs et mêmes en îles importantes. C’est le rôle cosmique des coraux, la contribution que font ces petites créatures au fonctionnement de l’Univers.

Une tache cosmique, comme on peut le voir, permet de maintenir l’équilibre naturel du monde.
Alors, quelle est la tâche de l’homme ?! L’homme peut-il être un agent cosmique du monde ?
C’est ce que L’éducation cosmique propose de découvrir, en guidant chacun à la découverte de sa tâche cosmique, en tant qu’espèce et en tant qu’individu. 

Pour cela, nous devons être capables de nous placer dans un contexte différent : celui de l’Univers. C’est seulement avec une connaissance de notre place dans l’Univers, de notre relation avec les autres organismes vivants et notre compréhension de l’unité de l’humanité (au travers de ses diversité culturelles), que nous pouvons tenter de répondre à la question : Qui suis-je ?

Tout un programme n’est-ce pas ?
Pour atteindre son but, l’éducation cosmique s’appuie sur une série de récits offerts aux enfants. 
Il s’agit de leur raconter l’histoire des origines, depuis la création de l’Univers jusqu’à la société humaine actuelle. Ces histoires leur insufflent des idées fondamentales, et non des faits à mémoriser et des connaissances précises : nous partageons tous un ancêtre commun et nous sommes une seule famille dans notre diversité, toutes les choses en ce monde sont interdépendantes et tous, êtres vivants et non-vivants, ont une tâche cosmique, un rôle à jouer.

Pendant des siècles, différentes histoires de l’Univers ont été partagées pour donner un sens à la vie des Hommes ; histoires vraies ou imaginaires, célébrées ou non par des rites… elles ont été des références fondamentales pour les peuples. Aujourd’hui, malheureusement, nous devons reconnaître que peu de gens ont une vision claire de cette Grande Histoire à transmettre à nos enfants. La science et l’astronomie ayant rendu les choses de plus en plus complexes à comprendre. 
Et quand nous ne savons pas… nous ne racontons pas…

À nous de mettre le monde en histoires, et de rendre ces histoires attirantes et fascinantes pour les enfants. Ils n’ont pas envie d’entendre des séries de faits et des dates, secs et sans lien avec leur imaginaire et leur capacité de s’émerveiller.
 

 
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C’est dans un contexte d’après guerre que Maria Montessori imagine ce curriculum pour les enfants des classes élémentaires, entre 6 et 12 ans. Elle est sensible à l’avenir de l’humanité et à la possibilité de construire un monde en paix par l’éducation. L’humain, l’agent cosmique le plus actif sur cette planète, doit se transformer pour utiliser positivement son pouvoir de création.

L’homme a, en effet, un pouvoir de création immense, il a été capable de créer les civilisations et d’agir sur le monde à bien des égards. Son intelligence est devenue si puissante, et aujourd’hui elle est arrivée à un point où elle peut dominer les énergies du monde et pénétrer les plus intimes secrets de la vie.
Maria Montessori a exhorté la société a éduquer les hommes afin qu’ils soient conscients de l’impact qu’ils ont sur l’environnement et qu’ils apprennent à agir avec sagesse.
Elle croyait en la nécessité de créer une nouvelle forme d’éducation, qui changerait radicalement l’homme en un nouveau type d’être humain, totalement conscient de l’unité du monde, dédié à la tâche de construire une meilleure humanité.

Quand l’enfant est conscient de tout ce qui l’a précédé, il se sent responsable et reconnaissant de cet héritage. Cela développe chez lui un sentiment de gratitude ainsi qu’un sentiment d’appartenance. Ce même sentiment qui découle de la compréhension de l’interdépendance de toutes choses. L’enfant se sent inclus dans un tout, il se sent membre lui aussi de ce magnifique équilibre où chaque élément est important. Il nait chez lui la volonté de le protéger.

Les sujets au centre de l’Éducation Cosmique devront transmettre aux génération futures la sagesse accumulée par les cultures qui se sont succédées. C’est un curriculum qui intègre, en les mêlant, l’histoire, la géographie, la biologie et les sciences.
C’est tout un programme dont je vous parlerai plus en détail dans un prochain billet, celui-ci étant déjà bien long…

Cela fait quelques années que je me suis plongée avec délice dans la découverte de cette partie de la vision de Maria Montessori, par moi-même d'abord, puis en suivant un stage, et depuis je continue de lire et d'évoluer. 
Les idées de Maria Montessori sont, comme toujours, d’une actualité déroutante. Quelle femme incroyable et visionnaire ! 
Mais la mise en pratique de cette vision riche et profonde n'est pas évidente, en dehors d'un contexte de classe, car il manque le groupe et ses bienfaits. Toutefois je puise du mieux que je peux dans ce qu’elle nous a légué pour accompagner mes filles sur le chemin vers l’âge adulte, pour qu’elle deviennent des jeunes adultes avisées, amusantes, volontaires, confiantes, intéressantes avec lesquelles vous passeriez des heures à discuter ! Des jeunes adultes prêtres à agir dans et pour le monde dans lequel elles vivent.

(à suivre...)

 

Pour accompagner ce texte, des images de la magnifique neige qui a recouvert nos paysages cet hiver...
La neige est si spéciale car elle a le pouvoir de rendre le monde beau, doux et pure.