L'IEF, c’est bon pour les enfants
N°97
Derrière ce titre provocateur se cache une question qui dépasse largement l’instruction en famille : qu’est-ce qui permet réellement aux enfants de grandir, d’apprendre et de se développer pleinement ? Répéter que « l’école, c’est bon pour les enfants » ne suffit pas, car cette affirmation, lancée seule comme un slogan par le ministre de l’éducation, est réductrice et aveugle à la réalité vécue par tant d’enfants. L’école peut être une expérience positive pour certains, mais elle échoue pour beaucoup, et parfois de manière durable. Selon une étude de l’AFEV datant de 2010, trois quarts des élèves du secondaire n’aiment pas aller à l’école, 65 % craignent l’échec, et près de 70 % peinent à comprendre ce qui leur est demandé dans leurs leçons. Le harcèlement scolaire, qui touche chaque année quelque 700 000 enfants, entraîne des conséquences allant de l’échec scolaire à des traumatismes profonds, anxiété, dépression, troubles du sommeil, phobies, parfois jusqu’au suicide. Ces chiffres ne servent pas à dénigrer l’école, mais à rappeler que son efficacité ne peut pas se résumer à un slogan ou à une injonction morale.
Lors d’une visio organisée par le député Grégory Labille, plus de soixante enfants instruits en famille ont témoigné de leurs difficultés, de leurs peurs et de leurs souffrances vécues à l’école, amenant leurs parents à choisir la déscolarisation pour leur permettre de guérir et de retrouver la joie d’apprendre. Ces récits m’ont profondément émue, mais ce n’est pas pour les mêmes raisons que nous avons choisi l’instruction en famille pour nos filles. Ce choix était avant tout motivé par notre volonté de leur offrir la liberté de prendre en main leur éducation, de cultiver leurs talents et leurs passions, de développer leur curiosité et leur autonomie, sans être enfermées dans un cadre rigide ou standardisé. Nous ne prétendons pas « faire mieux » que l’école ; nous faisons différemment, et c’est précisément cette liberté, cette possibilité de suivre ses propres intérêts et de se tromper, qui construit des enfants confiants, créatifs et capables de se connaître et de se relier aux autres.
Cette approche met en lumière un principe central : l’apprentissage est un processus vivant, continu et profondément lié à la motivation intrinsèque et à l’environnement qui soutient l’enfant. Il ne se limite pas à la performance scolaire, aux notes ou aux programmes, mais s’inscrit dans le développement global de la personne, dans sa capacité à observer, expérimenter, se tromper et recommencer. Offrir aux enfants des conditions favorables — un environnement stimulant, de la bienveillance, la possibilité de suivre leurs passions et d’explorer des domaines variés — est une condition essentielle pour que leur apprentissage devienne un moteur de croissance personnelle et sociale.
En pratique, cela signifie valoriser autant le travail manuel et artistique que le travail intellectuel, permettre aux enfants de choisir ce qu’ils veulent étudier, de s’investir dans des activités qui les passionnent, qu’il s’agisse de dessin, d’écriture, de couture, de skate, de sciences ou de musique, et de le faire à leur rythme, sans jugement ni pression extérieure. C’est cette liberté, paradoxalement, qui les relie davantage à la société, car elle les rend actifs, responsables et confiants dans leurs capacités, capables de contribuer et de collaborer, plutôt que passifs ou soumis à des normes uniformisées.
L’histoire de la liberté, c’est l’histoire des limites du pouvoir de l’état.
– Thomas Woodrow Wilson
Cette vision dérange, peut-être parce qu’elle questionne notre conception de l’éducation, de l’autorité et de la réussite. Des enfants capables de choisir leur voie ? D’explorer et d’apprendre par eux-mêmes ? Oui c’est possible, et ces enfants-là développent leur autonomie et leur confiance et ne se laissent pas facilement enfermer dans un cadre strict ou manipulable, et ça dérange aujourd’hui.
Pourtant, c’est précisément cette capacité à se connaître, à expérimenter, à se tromper et à recommencer qui forge des adultes créatifs, résilients et capables d’agir de manière responsable dans le monde.
L’instruction en famille montre qu’il est possible d’apprendre autrement, de préserver la curiosité et la joie d’apprendre, et de développer des compétences variées dans un cadre où chaque individualité est respectée. Les enfants apprennent à poser des questions, à chercher, à expérimenter, à se tromper et à recommencer, et surtout à comprendre qui ils sont et ce qui les fait vibrer. Ces expériences incarnent l’apprentissage auto-dirigé, un apprentissage qui ne se limite pas à acquérir des connaissances, mais qui développe l’autonomie, la motivation intrinsèque et la capacité à s’adapter à un monde en évolution constante.
C’est ironique ce qu’on nous reproche tout de même, de séparer nos enfants de la société (c’est ainsi formulé dans l’étude d’impact du projet de loi confortant les principes républicains). Nos enfants sortent quand ils le souhaitent, il n’y a pas de gardien devant notre porte, elle est ouverte sur le monde et sur leur liberté. Probablement plus que tout le reste, c’est cette liberté qui dérange. Il faudrait pourtant regarder l’avenir, dont nous avons bien du mal à cerner les contours en ce moment. De quoi avons-nous besoin pour reconstruire un monde harmonieux, heureux, respectueux ? De jeunes ouverts, capables de s’adapter, autonomes et ayant une grande confiance en leurs capacités et en leurs talents quels qu’ils soient, qui se respectent et se soutiennent les uns les autres.
Aujourd’hui, cette liberté est menacée. L’instruction en famille fait face à des attaques et à des tentatives de restriction. Pourtant, protéger ce choix n’est pas seulement défendre une méthode, c’est défendre le droit pour chaque enfant à choisir son instruction.
Il ne s’agit donc pas de rejeter l’école ou de valoriser une méthode contre une autre, mais de rappeler que l’éducation ne peut se résumer à des programmes, à des normes ou à des institutions : elle est une expérience de vie, une recherche continue, une exploration guidée par la curiosité et nourrie par la liberté, le respect, la confiance et l’accompagnement attentif. C’est ce principe qui, selon moi, doit guider toutes nos réflexions sur l’apprentissage et le développement humain, que ce soit à la maison, à l’école, ou dans toute autre forme d’éducation.
Imaginons une “école” dont le but principal est d’instiller le désir d’apprendre, de préserver la curiosité ; un lieu où chacun est libre de s’exprimer et de poser n’importe quelle question sans être jugé ; un lieu où chacun peut développer sa créativité, où chaque individualité est respectée pour ses propres talents et sa personnalité. Une “école” où les enfants apprennent à trouver de la joie dans le processus d’apprentissage et découvrent de quelle façon ils préfèrent apprendre. Imaginons une “école” où chaque enfant peut choisir librement ce qu’il veut étudier, une “école” dont le but est que chacun comprenne ce qui le passionne et le fait vibrer, où chacun apprend d’abord à se connaître pour pouvoir aller vers les autres et agir dans la société.
ps: Alors que j’écrivais cet article, j’ai croisé le témoignage d’une jeune fille de 12 ans. Elle a envie qu’il soit lu et diffusé pour que tout le monde comprenne que NON, l’école, ce n’est pas toujours bon pour les enfants.
C’est à lire ici. Merci Tâm pour ce témoignage très touchant.