IEF et travail, un équilibre possible

Vous êtes nombreux à me poser la question de la possibilité de travailler en ayant ses enfants en IEF.

Je pense qu'il y a tellement de cas envisageables qu'il serait difficile de fournir une réponse “universelle”. Mais je peux toutefois vous dire que c'est faisable, avec un peu de créativité et de souplesse. Je travaille pour ma part en tant qu'auteur, je suis donc indépendante et je connais d'autres mamans qui fonctionnent de la même manière. D'autres ont un travail à mi-temps, partagé avec le papa (donc deux mi-temps pour la famille) ou mené avec l'aide des grands-parents et des amis pour garder les enfants pendant les journées de travail.
Cependant, pour la grande majorité, un des deux parents arrête de travailler pour consacrer son temps aux enfants. Généralement, c'est la maman, qui ne reprend tout simplement pas son travail arrêté pour la naissance des enfants ! C'est le cas chez nous, Benoit travaille à plein temps pour assurer un revenu à notre famille. Sans quoi tout le reste ne serait pas possible.
Mais bon, comme il est difficile de faire des généralités, tant les profils des familles sont multiples, de même que leur choix d'organisation, je vais vous parler uniquement de mon expérience. 

Avant d'avoir des enfants j'étais déjà indépendante depuis 7 ans. Quand Liv est née, j'ai conservé mon statut pendant un moment, pensant continuer à travailler de temps en temps. Puis Émy est arrivée et avec les deux filles en bas âge, j'ai vu qu'il était difficile de poursuivre mon activité. Je ne pouvais pas travailler assez pour payer les charges inhérentes à mon statut d'indépendant. 
Entre-temps différentes choses sont arrivées dans ma vie, comme la découverte de la pédagogie Montessori, le démarrage de mon blog au sujet de l'instruction de mes filles, notre déménagement à Angers pour participer à la création d'une école Montessori, l'ouverture de mes ateliers Montessori parents-enfants 0-3 ans... et aussi les Éditions Nathan, qui me contactent via mon blog, pour illustrer de mes photos un livre sur la pédagogie Montessori pour les enfants de 0 à 3 ans. 
Donc si j'avais arrêté de travailler en tant que graphiste indépendante, je ne suis pas restée inactive pour autant !
Quand j'ai démarré mon activité avec Nathan, il me fallait de nouveau un statut. J'ai réactivité mon numéro de Siret et me suis remise en indépendante, en tant qu'auteur cette fois.
Après une phase où je ne pensais pas qu'il soit possible de travailler avec mes filles, j'ai vu que cela pouvait prendre diverses formes et finalement s'organiser d'une manière qui pouvait nous convenir. Étant habituée à travailler à mon compte, à la liberté d'organisation que cela engendre, il ne m'a pas été trop compliqué de ménager de l'espace pour avoir mes filles avec moi. 

Il y a également une chose qui me définit : je ne pense pas que le travail doive nécessairement être séparé du reste de ma vie. J'ai la chance de faire ce que j'aime, je le fais avec plaisir, et je n'ai pas ce besoin d'établir une frontière entre vie de famille et travail. Tout cela s'imbrique de façon naturelle et non réfléchie. Je pense que c'est une particularité qui m'aide à allier instruction en famille et travail.

Quand nous nous sommes installés à Lyon, les filles ont passé un an à l'école avant leur déscolarisation. J'imaginais que j'allais avoir plus de temps pour mon travail (nous avions fait avant le déménagement, quelques mois sans école). J'avais d'ailleurs deux gros projets à mener pour les éditions Nathan. Mais j'ai vite compris que ça n'allait pas être le cas ! Entre les allers-retours à l'école, et la préparation des repas, je n'avais pas vraiment le temps de me poser et de me concentrer sur mon travail. J'avais le sentiment que mon temps était morcelé par les horaires de l'école et les allers-retours obligatoires 3 fois par jour (les filles ne mangeaient pas à la cantine). 
C'est une des raisons qui nous ont conduits à penser sérieusement à l'IEF, en plus de la question pédagogique et de l'intérêt des filles pour les savoirs proposés par l'école.

Avec les filles à la maison, c'est différent. Nous nous organisons comme nous le voulons, pas d'horaires imposés qui découpent la journée et j'ai l'impression d'avoir plus de temps, car nous sommes libres pour planifier nos journées.
Généralement, j'arrive à travailler "dans les trous". Je le fais aussi le matin avant de commencer ma journée ou le soir. Je pense qu'en terme d'horaires, si je devais regrouper tous mes morceaux de travail, j'arriverais peut-être à deux jours par semaine. Ce qui est bien peu en réalité, mais le travail est fait malgré tout, sans stress la plupart du temps.

Il y a bien sûr des périodes où j'ai plus ou moins de travail, selon les contrats et les filles doivent aussi s'adapter à cela. Cette année a été spécialement chargée pour moi, surtout vers la fin, où j'ai dû cette fois-ci, faire passer mon travail avant les filles. Vous avez peut-être vu la nouvelle sur IG... mon premier vrai livre sort en septembre ! 
Pour parvenir à terminer ce projet dans le temps assez court décidé avec mon éditeur, il m'a fallu mettre en place une routine rigoureuse. Je me suis levée le matin à 6h pour avoir au moins 2h de travail dans une tranquillité complète. Ne pas être dérangée par des demandes, des questions et des besoins était nécessaire pour ce projet de plus longue haleine. J'ai énormément apprécié, passé le moment un peu dur du réveil, de travailler dans le calme absolu, seule avec mes idées, mon cahier et mon thé. Ces matins me manquent presque depuis que je n'ai plus besoin de me lever ! Je m'y remettrai certainement à la rentrée car c'est agréable et ressourçant de pouvoir penser sans dérangement.

La fin du projet, en revanche, a été un peu plus difficile à gérer, et j'ai dû bien souvent, laisser les filles s'occuper elles-mêmes. Quand cela ne revient pas trop souvent, ce n'est pas un problème, bien au contraire ; elles ont besoin de cet espace de liberté, pour leur jeux, leurs aventures, pour développer leurs idées... Toutefois quand c'est trop récurrent, ça ne marche plus très bien.
C'est pour Émy surtout que cela a été le plus compliqué. Liv, tant qu'elle a des livres à se mettre sous la main, trouve son compte et se nourrit intellectuellement de cette façon. C'est sa manière à elle d'apprendre. Ses 10 ans sont passés, et je vois déjà se profiler la jeune fille qu'elle sera ; indépendante et libre, apprenant comme elle respire, toujours inspirée par une idée, sachant où trouver ses ressources, elle chemine doucement vers l'autonomie. 
Émy est plus jeune et a encore besoin de beaucoup d'accompagnement (c'est aussi son tempérament). Elle aime faire avec les autres. Travailler seule, ça n'est pas sa tasse de thé, la lecture non plus. Il lui faut de l'action, de la manipulation et de la nouveauté. Nourrir son esprit n'est pas aussi facile que nourrir celui de Liv (qui par ailleurs le fait très bien toute seule).
Émy a besoin maintenant que je sois plus disponible pour accompagner ses projets et l'aider à développer ses idées. Autrement, elle ne fait pas grand chose d'autre que jouer et ça ne lui suffit pas. Je vois bien que son cerveau, toujours en activité, a besoin de plus que ça.

Travailler à la maison avec ses enfants n'est pas simple, cela demande de jongler, de s'adapter et d'être très souple. Mais c'est aussi très enrichissant, car je puise dans le temps que je passe avec mes filles ma ressource et mes idées. Elles me propulsent autant que je les propulse. Nous faisons équipe. C'est parfois un peu déséquilibré dans un sens ou dans l'autre, mais en fin de compte la balance se fait. 

 

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ps : Le sac que porte Liv vient de chez Cocolune,
la toute nouvelle marque de ma soeur !